Néo Barong

Spectacle d’après le conte balinais du Barong, conçu pour un escalier

Au-delà de son aspect utilitaire, que pousse l’homme à construire des escaliers ? Le pouvoir, la sagesse ? Se rapprocher du ciel, des dieux ? Les temples balinais en sont parsemés. De la naissance au décès, entre passé et avenir, de la terre au ciel, l’escalier comme lieu de passage, lieu de mouvement, lieu de vie. En prenant appui sur le conte traditionnel balinais du Barong, narrant la dualité du monde, Néo Barong transcende l’édifice ascensionnel en un espace rituel. Fusion de la danse traditionnelle indonésienne et de la danse contemporaine occidentale, la chorégraphie entre en résonance, au rythme des marteaux sur le gamelan, tels des pas sur les marches.

De la danse balinaise à la danse contemporaine

La danse balinaise est un ensemble de codes corporels, d’attitudes physiques, de cadences, de rythmes qui lui sont propres. Le Néo Barong s’appuie sur ces codes et tend en même temps à les renverser. De la même manière que le bien et le mal se combattent sans qu’il n’y ait de vainqueur, la tradition et la modernité se disputent sans que jamais l’un d’eux n’ait le dernier mot. Cela est aussi valable pour les codes du spectacle occidental. Il sera étudié de quelle manière concilier danse traditionnelle, occidentale et contemporaine.

Alors que les mouvements de doigts, de mains, d’yeux, de tête sont considérablement exploités dans la danse balinaise, les jambes, les pieds, la colonne vertébrale sont des clefs de la danse occidentale. Que peuvent apporter la rencontre des genres, les associations de partie de corps inhabituellement jouxtées ? Un chorégraphe occidental et une chorégraphe balinaise s’efforceront d’infiltrer les combinaisons et de les magnifier.

Il est un élément essentiel de la danse balinaise et de son rapport à la musique, il s’agit de l’ « Angsel ». On peut le traduire par accentuation transitoire entre deux séquences. Cette notion fait de la danse et la musique des entités indissociables. Le danseur balinais réagit aux instruments des musiciens, les musiciens réagissent au mouvement des danseurs. Voilà pourquoi la recherche chorégraphique du Néo barong ne peut se détacher d’une recherche musicale.

Antonin Artaud dans le théâtre et son double, à propos du spectacle de théâtre balinais observé à l’exposition coloniale de 1931 :

« … tous ces bruits sont liés à des mouvements, ils sont comme l’achèvement naturel de gestes qui ont la même qualité qu’eux ; et cela avec un tel sens de l’analogie musicale, que l’esprit finalement se trouve contraint de confondre, qu’il attribue à la gesticulation articulée des artistes les propriétés sonores de l’orchestre, et inversement. »

La musique indonésienne, percussive comme la découpe de l’escalier

Dans l’orchestre balinais et indonésien, le gamelan, la quasi-totalité des instruments sont percussifs. L’escalier, découpé en marches de différents niveaux, est tel le métallophone indonésien, composé de lamelles de différentes fréquences. La dureté du matériel utilisé pour la construction d’un escalier – on ne peut imaginer un escalier en mousse ou en sable – se reflètent dans le gamelan. Des marteaux, mains ou baguettes servent à frapper les peaux, cloches et lames, tels les pieds s’appuient sur les marches.

Les musiciens et les instruments sont un ensemble inhérent au spectacle du Néo Barong. Ils sont par leur présence même personnages et décors.

Distribution
Chorégraphie : Sylvain Sicaud
Composition : Christophe Moure et Jean Desaire
Masque : Guillaume Mangeant
Interprété par : Eugenia Carnevali, Jean Desaire, Christophe Moure, Kadek Puspasari et Sylvain Sicaud

Accueilli au CFMI de Sélestat

 

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